Le Pierrot lunaire de Schönberg par Patricia Kopatchinskaja

Que l’on apprécie ou non ses choix esthétiques, il est indéniable que Patricia Kopatchinskaja (« Pat Kop » pour faire simple) est une musicienne d’une intégrité irréfutable et animée d’une passion dévorante pour la musique, d’où une implication totale lors de chacune de ses prestations.

Ses racines moldaves lui ont apporté ce sens musical si caractéristique de la musique populaire d’Europe centrale qu’elle a instinctivement associé à l’approche intellectuelle des études musicales occidentales réalisant une synthèse jubilatoire.

L’ambition de Patricia Kopatchinskaja est de retrouver en tant que musicienne la liberté de l’acteur de théâtre et, lorsqu’elle donne une œuvre connue en concert, reproduire une tradition ne l’intéresse pas ! Elle souhaite au contraire explorer toutes les ressources qu’offre la partition « afin que chaque pièce à tout moment puisse trouver la meilleure place dans mon cerveau, dans mon cœur et dans mes mains » et ainsi construire une relation personnelle avec l’œuvre de sorte d’avoir le sentiment de raconter une histoire nouvelle au public.

C’est pour cette raison qu’elle e été très tôt attirée par des musiques encore neuves et non sclérosées par plusieurs générations d’enseignants, comme la Seconde Ecole de Vienne (Schönberg, Berg, Webern), la production d’un Ligeti ou d’un Kurtag, et la musique de son temps. Elle a ainsi créé une dizaine de concertos contemporains et de nombreux compositeurs lui ont dédié des pièces.

Il y a six ans, à la suite d’un incident au bras qui l’oblige à interrompre momentanément la pratique du violon, elle se tourne vers le chant et notamment le « Sprech Gesang » utilisé justement dans le Pierrot lunaire de Schönberg qu’elle décide de monter avec une petite équipe de musiciens qui partagent sa vision de l’œuvre. Elle s’intéresse également au contexte culturel des pays germaniques du début du XXème siècle et intégre dans son interprétation les particularités de la déclamation en usage dans les cabarets berlinois, particularités qu’utilisera Kurt Weill quelques années plus tard. Le résultat est spectaculaire, inouï, hallucinant et donne de cette œuvre une dimension nouvelle qui la rend passionnante tant l’énergie et la ferveur de Patricia Kopatchinskaja sont impressionnantes.

Arnaud Frasel

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